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Du silence à l'éloquence


Le témoignage de Samira Laamouri, assistante sociale



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On ne choisit pas notre métier par hasard.

Voici la question à laquelle j’ai dû réfléchir et répondre en m’engageant dans cette voie il y a vingt ans : quelles blessures de ta vie cherches-tu à réparer à travers ce métier ? Pas si facile de se lancer sincèrement dans une telle introspection.

Pourtant j’étais au clair avec moi-même, mon identité : jeune femme issue d’un milieu populaire, père immigré marocain venu aider à la reconstruction de la France d’après-guerre, évoluant dans un quartier populaire, une cité HLM avec tous les clichés que vous connaissez. 

Partant de là je savais ce que j’avais à réparer en moi pour me lancer sereinement et de manière adaptée, dans l’exercice professionnel exigent de notre métier, sans faire d’amalgames. Alors j’ai pratiqué, en écoutant les gens avec toute l’empathie et la sincérité que j’avais à leur offrir. J’ai appris à les connaitre, à travers leur discours et leurs actes, mais aussi à travers leurs doutes et renoncements parfois… 

Je n’ai rien trouvé de plus gratifiant que d’accompagner quelqu’un dans son cheminement personnel, semé d’embûches, pour l’aider à atteindre l’autonomie que chacun de nous devrait trouver à sa portée… 

Cette posture d’accompagnant, je l’ai travaillée, ajustée, questionnée, je l’ai fait progresser au fil de mes rencontres professionnelles et humaines, et de mes formations aussi. Je me suis remise en question, j’ai réévalué mon positionnement souvent, je l’ai affirmé au fur et à mesure. Sans jamais chercher à réparer mon histoire à travers mon métier, j’ai accompagné mes publics selon la personne que je suis, et le parcours que j’ai eu. 

J’étais au clair avec moi-même. Toujours. 

Mais une question est souvent revenue, au détour des rencontres humaines qui font forcément bouger nos lignes intérieures : pour être alignée, congruente et authentique, peut-on ou doit-on s’autoriser à laisser s’exprimer nos vulnérabilités face à un public si vulnérable justement ? 

Pendant longtemps j’ai pensé : l’aidant, s’il veut être efficace, est forcément invulnérable. C’était une conviction inébranlable. 

Mais cette posture d’aidant invulnérable, je l’ai requestionnée récemment. J’ai dû me confronter socialement à l’une de mes plus grandes vulnérabilités, et donc accepter qu’elle fût aussi un élément de mon identité professionnelle. 

Contre toute attente, à travers une expérience personnelle autour de mon bégaiement, j’ai admis que mes vulnérabilités, qui font partie intégrante de ma personne, renforcent aussi mes compétences dans certains domaines, mon expertise et mon assise professionnelle, sans m’affaiblir par ailleurs. Assumer ses faiblesses et ses blessures, leur laisser une juste place dans tous les pans de son identité, permet de renverser la tendance pour en faire une force. La fragilité et la force sont les deux faces d’une même pièce. 

En 2021, j’ai participé et remporté un concours d’éloquence dédié aux personnes atteintes de bégaiement. Aller là où personne ne m’attend (sûrement pas moi), et m’autoriser à franchir des étapes aux abords infranchissables, voilà un beau programme de développement personnel. 

La médiatisation inattendue autour de mon bégaiement m’a encouragée finalement à lui laisser une place également dans mon identité professionnelle. 

Aujourd’hui, je continue d’accompagner les personnes dans leur parcours de vie semé d’embûches. Je continue d’être l’aidant ou la béquille dont elles ont besoin temporairement pour relier les morceaux de leur vie fragmentée par les épreuves. Mais je suis cet aidant faillible, avec ma parole imparfaite qui trahit mes émotions, mes fragilités et donc mon humanité. Je n’ai plus peur de ne pas être ultra performante en toutes circonstances, parce que je sais où se situe mon expertise et je me souviens que mon humanité, aussi vulnérable soit-elle, n’en est pas l’ennemi, mais bien le ciment.

Alors, dans ma conférence TedX Talk autour de la prise de parole en public, du métier d’assistante sociale et du dépassement de soi, je vous livre la place que j’ai choisi d’accorder à mes mots, à mes émotions et à mes silences.

Samira Laamouri
 

Jeudi 15 Septembre 2022




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