L’Association Nationale des Assistant·e·s de Service Social et la Revue française de service social rendent hommage à Michel Chauvière, dont les travaux ont durablement façonné la compréhension, la reconnaissance et la défense du travail social professionnel, tout particulièrement au bénéfice des assistantes de service social.
Par l’ensemble de ses recherches, Michel Chauvière a contribué à penser le travail social comme composante centrale de l’État social. Son œuvre a fourni aux professionnelles des repères théoriques solides afin de situer leurs pratiques dans des cadres historiques, politiques et institutionnels exigeants. En proposant l’expression « travail (du) social », il a recentré l’analyse sur l’activité réelle, le sens de l’intervention et la complexité des situations rencontrées sur le terrain.
Ses analyses ont participé à la reconnaissance de la qualification des assistantes de service social comme construction politique et sociale à part entière, portée par des diplômes d’État, des responsabilités spécifiques et une mission essentielle de protection et de solidarité. Le « carré des intelligences » — droits, institutions, savoirs et clinique — a offert un cadre structurant pour la pratique professionnelle : une intervention orientée vers l’effectivité des droits, soutenue par les institutions, nourrie par des savoirs partagés et attentive à la singularité des personnes accompagnées.
Les travaux de Michel Chauvière ont également renforcé la capacité des assistantes de service social à analyser les transformations contemporaines du secteur. Ses recherches sur la montée des logiques gestionnaires, la marchandisation de l’action sociale, la prolifération des procédures et la déqualification progressive des métiers ont éclairé les tensions vécues dans l’exercice quotidien. Ces analyses ont légitimé les résistances professionnelles face aux injonctions éloignant l’intervention sociale de la relation, de la clinique et du sens du métier.
Michel Chauvière a souligné avec constance la place singulière des assistantes de service social au sein du champ social : professionnelles de l’aide sociale et de la protection, en lien direct avec les politiques publiques, au plus près des familles, des territoires et des vulnérabilités. À ce titre, ses écrits ont reconnu leur rôle comme actrices majeures de la solidarité nationale et médiatrices indispensables entre l’action publique et les réalités vécues.
Ses analyses de la déprofessionnalisation, de la fragmentation des métiers et de l’affaiblissement de la reconnaissance politique du travail social ont nourri les combats collectifs pour la défense des qualifications, de l’autonomie professionnelle, du secret et du pouvoir d’agir des personnes accompagnées. Ces mobilisations ont trouvé dans son œuvre une légitimation fondée sur des exigences démocratiques et éthiques.
Michel Chauvière a entretenu un dialogue constant avec la Revue française de service social et avec l’ANAS, autour d’une attention partagée portée à l’intelligence du travail social, à son histoire et à son devenir. Sa contribution au numéro de la revue Esprit d’octobre 2022, « Il était une fois le travail social », co-construite avec Joran Le Gall, Christophe Anché, Isabelle Boisard et le comité de rédaction, a prolongé cette démarche collective de réflexion critique.
Aujourd’hui, son œuvre continue de nourrir les pratiques professionnelles des assistantes de service social :
– par une compréhension approfondie de leur inscription dans l’État social ;
– par une légitimation renforcée de leur expertise et de leur rôle ;
– par des outils conceptuels favorisant la résistance aux réductions gestionnaires ;
– par une invitation permanente à penser, interroger et défendre l’intelligence sociale.
L’Association Nationale des Assistantes de Service Social et la Revue française de service social saluent en Michel Chauvière un allié exigeant, un passeur de pensée et un défenseur constant d’un travail social protecteur, émancipateur et fidèle aux idéaux de solidarité.
Son héritage irrigue durablement les pratiques professionnelles, les réflexions collectives et les engagements qui font du travail social un pilier vivant de la démocratie sociale.


