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'Service social, Tout contre l’exclusion: Qui sont les professionnels de la détresse ?'


FRANCE 5 diffusera MARDI 23 OCTOBRE 20h40 ET 21h45 une chronique en deux volets réalisées par Carole Tresca qui nous entraîne au coeur d’un service social départemental à la découverte d’une équipe d’assistants sociaux en prise avec les réalités du terrain et ses limites, avec des espoirs à préserver et des combats à ne pas lâcher. Au rythme des situations dramatiques auxquelles ils sont confrontés pour aider et accompagner les populations fragilisées, le film pose son regard sur la dimension humaine et engagée de notre profession.



'Service social, Tout contre l’exclusion: Qui sont les professionnels de la détresse ?'
A travers le suivi d’assistants sociaux qui travaillent dans un service social départemental du Val de Marne, nous allons à la découverte d’une profession plus souvent montrée du doigt quand des évènements dramatiques se posent plutôt que dans son engagement et dans la multitude d’actions et de réponses que ces professionnels tentent d’apporter quotidiennement.

Ce sont deux documentaires qui se passent dans un même lieu, construit sur un même principe narratif au rythme du temps indispensable à l’accompagnement des familles par les assistants sociaux.

La notion d’équipe prend toute sa force face à la solitude devant certaines situations dramatiques. Les incertitudes, les doutes, les limites, les combats à ne pas lâcher, les espoirs à préserver sont autant de phases que les deux films vont traverser.

Tous les jours au service social, les assistants sociaux accueillent des personnes qui vivent dans la précarité, sans ressources ou revenus suffisants pour finir le mois (RMI, petite retraite...) elles ont souvent honte de venir « ont est gêné de dire ce que l’on a sur le coeur... »

La problématique du logement, le quotidien des assistants sociaux, va traverser les deux films « On est leur dernier espoir aux gens » dira Patricia A. quand sa collègue Patricia S. lui confiera l’insupportable de l’insupportable pour elle : des femmes avec leurs enfants en errance d’un département à l’autre depuis plusieurs années, des centres d’hébergement saturés où il faut attendre plus de 6 mois pour une place, une lettre de motivation comme un cv pour dire pourquoi on ne veut pas dormir dehors !

Sylviane, la responsable du service aux 5000 dossiers par an, sait trouver les mots qui rassurent, elle a la porte de son bureau toujours ouverte pour écouter, conseiller, prendre des décisions et tout cela avec l’humour qui la caractérise.

Dans le 1er film, Patrick est à la recherche d’une jeune fille de 16 ans, qui vient d’être confiée à l’Aide Sociale à l’Enfance par le juge des tutelles, la tante qui l’hébergeait ne voulant plus la garder. Après un jeu de piste, Il la retrouve chez une autre tante. Avant d’envisager un accueil en urgence dans un foyer, Patrick va écouter la demande de la jeune mineure et essayer avant tout de voir si il y a une solution familiale envisageable. Cette nouvelle tante est-elle prête à s’engager à occuper une fonction de parent et d’adulte protecteur auprès de sa nièce en devenant sa tutrice ?

Dans le 1er film et suite dans le 2ème film, Patricia A. et Patrick proposent à une grand-mère de 79 ans de la soutenir dans la prise en charge de son petit fils de 13 ans pour qui elle n’a plus d’autorité et qui lui-même montre à la maison et au collège des signes de mal-être et d’angoisse sur son avenir. Les deux assistants sociaux commencent avec cette famille un long travail d’accompagnement, de prévention, pour la préparation à un peu de séparation la semaine car ils ne veulent pas agir dans l’urgence, la grand-mère et son petit fils n’ayant jamais été séparés.

Dans le 2ème film, Patricia A. cherche pendant plusieurs mois une place en centre maternel pour Madame A. qui depuis la naissance de son bébé va d’hébergements d’urgence par le 115, en colocations précaires. Après un parcours du combattant pour obtenir une place, Patricia A. va aller de surprise en surprise, confrontée à la personnalité très fragilisée de cette dame, due à des horreurs vécues dans son pays d’origine (Congo).

Présentation :

Andréa, Madame A. et Soufiane. Trois noms, trois dossiers chargés d’émotion. C’est le programme qui attend cette semaine Sylviane, Patrick, Patricia A. et Patricia S., quatre des trente assistants sociaux de Créteil. Chaque année, ce service social départemental prend en charge 20 000 personnes. Parmi elles, 50 % survivent grâce au RMI, 20 % n’ont aucune ressource. Parce qu’elle change de visage et qu’elle raconte une histoire à chaque fois différente, la misère approchée quotidiennement par ces fonctionnaires n’est pas routinière.

Discret, l’objectif de Carole Tresca ne perd pas une miette du travail d’écoute de Patrick et de ses collègues au téléphone, au bureau ou sur le terrain. Face à Soumia, la grand-mère de Soufiane, un ado de 13 ans fugueur et orphelin, ils doivent solutionner plusieurs problèmes : l’angoisse et la violence latente de Soufiane, la précarité financière de Soumia, 79 ans, qui se prive de nourriture pour élever son petit-fils.

Etablir le bon « diagnostic » Progressivement, Patrick prend la mesure de la situation. « Vous resterez la grand-mère de Soufiane, mais aujourd’hui il faut se demander qui sera responsable de lui jusqu’à sa majorité », finit-il par lâcher, après une longue période de doutes, de réflexions en dehors des heures de bureau et de concertation avec ses collègues.

Menés avec pédagogie, voire avec tendresse, ces entretiens font même accepter avec soulagement l’inéluctable : le placement de Soufiane en internat dans l’attente de la décision du juge des tutelles. Qu’il s’agisse du cas de Soufiane, d’Andréa, une adolescente ballottée de tante en tante, ou de Madame A., qui multiplie les hébergements d’urgence au péril de la santé de son bébé, le film de Carole Tresca laisse parler les protagonistes. Sans voix off. Au fil du temps se dessine le profil d’une profession complexe, éloignée du cliché tenace sur l’assistante sociale « qui prend les enfants ».

Essentiellement préventif, son rôle consiste à protéger l’enfance, certes, mais surtout à épauler les parents ou tuteurs dans leurs fonctions éducatives. Oreilles attentives, les assistants sociaux accueillent les personnes en difficulté et les soutiennent pour faire valoir leurs droits : l’accès aux soins, aux droits sociaux, à l’emploi, à l’éducation et au logement. Des missions aussi évidentes que difficiles à mettre en pratique.

Confrontés aux lacunes d’un système social imparfait, ils vivent parfois mal d’être le dernier rempart contre l’exclusion. A l’image de ce constat exaspéré de Patricia S. : « Des femmes avec leurs enfants, en errance d’un département à l’autre depuis des années ; des centres d’hébergement saturés où il faut attendre plus de six mois pour une place ; une lettre de motivation pour dire pourquoi on ne veut pas dormir dehors ! Et quels moyens elle a, l’assistante sociale, aujourd’hui ? Jusqu’à quand va-t-on continuer de pallier la crise ? »

Gaël Nivollet


Mercredi 10 Octobre 2007