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Décentralisation de la formation des travailleurs sociaux


La décision est prise et les DRASS informent les responsables des centres de formation de la future décentralisation qui verra les Conseils régionaux prendre en charge le financement de la formation des travailleurs sociaux



Décentralisation de la formation des travailleurs sociaux
Pour aider à la réflexion l'ANAS prend position. Interrogée par la Gazette des Commmunes voici quelques éléments de réflexion qui ont été soumis à la journaliste Françoise Gaillard

Les assistants sociaux et la question de la décentralisation de la formation des travailleurs sociaux :

Comme les associations représentants les centres de formation AFORTS et GNI, l'ANAS exprime son inquiétude sur les projets de décentralisation de la formation des travailleurs sociaux.

En effet nous constatons que :
- La question n'a pas fait l'objet d'une concertation entre l'ensemble des acteurs concernés
- Les informations sur la mise en œuvre de cette décentralisation sont parcellaires et parfois contradictoires
- Les conséquences et les effets de la décentralisation n'ont pas été étudiés

En outre, la question de la décentralisation de la formation des travailleurs sociaux n’est pas une préoccupation actuellement portée par les Régions. Ainsi par exemple, la Région a signifié aux centres de formations des pays de la Loire qu’elle n’avait pas de mission en matière sociale et que sa priorité étant le développement économique.

Cette prise de position nous montre que si certaines Régions se montrent soucieuse de la formation des futurs professionnels, d’autres ignorent tout des formations sociales. Il y a là un risque de déséquilibre entre les établissements qui seront plus ou moins bien lotis. Ne risque-t-on pas de créer une inégalité de traitement des étudiants quant aux conditions mêmes de l’enseignement qui leur sera apporté ?

Certains centres de formation ont d’ores et déjà intégré une démarche « marketing » qui vise à vendre leur savoir faire et à présenter la plus-value que peut représenter leur implantation et leur développement. Il n’est pas certain que, dans le cas d’appels d’offres, la qualité de la formation soit renforcée dès lors que la concurrence sera engagée. Le coût de la formation risque d’être un critère déterminant. Or une formation de qualité coûte cher alors que les centres de formations font déjà des prouesses pour équilibrer leurs budgets .

On ne forme pas des travailleurs sociaux comme on forme des techniciens développant des procédures en vue d’optimiser une production de produits de consommation. Ainsi l’une des particularités de ces formations est de produire du sens c’est à dire de donner aux étudiants une capacité à penser le pourquoi et le comment ils vont travailler auprès des usagers et notamment auprès de ceux qui sont les plus fragiles. Sans cette culture de la responsabilité de l’acte posée, leur action sera fortement limitée.

Le travail social a pour mission d’aider au maintien de la cohésions sociale . Cette cohésion est d’abord nationale. Il serait dommageable aussi que des politiques régionales centrées sur des services à rendre à certaines catégories de population exclue de fait celles et ceux qui sont les plus en difficulté et qui finalement n’intéresse la collectivité que lorsqu’il s’agit de faire disparaître un trouble à l’ordre public : les jeunes dans les cités, les sans domiciles fixes, les étrangers et leurs familles.

Par contre nous savons que certains dispositifs de protection de l’enfance sont plus efficaces dans certains départements que dans d’autres. La formation et les expériences de travail qui constituent les références professionnelles doivent pouvoir s’échanger au delà des frontières départementales et régionales.

Si les Régions ont le pouvoir d’accréditer les écoles, c’est à dire de choisir celles qui proposent un meilleur rapport qualité prix, il y aura fatalement un risque de perte de qualité pour obtenir un meilleur coût. Il faut donc faire attention et mettre en place des garde-fous.

L’un d’entre eux pourrait être un conventionnement systématique des centres de formation avec les universités. La plupart des pays européens y forment leurs travailleurs sociaux. La décentralisation pourrait ainsi être l’occasion d’une mise aux normes européenne se traduisant par l’accès des étudiants au niveau licence en fin de cycle c’est à dire à la fin de la 3ème année. Nous restons toutefois attachés à une forme d’alternance permettant à l’étudiant d’enrichir son apprentissage en découvrant la réalité de terrain. Il peut ainsi se confronter à cette réalité et affiner ses choix de travail.

Le travail social a toujours été un enjeu dans la mesure où il touche une part non négligeable de la population. Les services sociaux accueillent chaque année 10à 15% de la population. Aussi nous n’oublions pas les prochaines échéances électorales. Les élections risquent de voir basculer certaines région dans le camp des extrêmes. La formation des travailleurs sociaux risque d’être alors prise en otage par des élus qui ont une conception du travail social archaïque et discriminante. C’est un problème suffisamment important qui justifie que l’on évite toute précipitation.

Nous ne sommes pas à l’ANAS opposés aux évolutions. Les assistants sociaux ont su accompagner des réformes importantes telles la mise en place du RMI ou encore de la CMU. Nous avons pris , comme les représentants des centres de formation une part très active à l’élaboration de référentiels professionnels pour la formation des assistants de service social. Il faudrait que cette évolution se déroule aussi pour les autres professions du social. Cette réforme là ne peut être menée qu’au plan national.

En Conclusion nous pourrions dire qu’une réforme réussie est celle qui associe toutes les personnes concernées. Etudiants, enseignants, professionnels et pouvoirs publics. Nous regrettons qu’une telle dynamique ne soit pas mise en place en matière de formation des travailleurs sociaux. C’est pourquoi nous restons à la disposition des élus qu’ils soient régionaux et nationaux pour leur apporter notre connaissance et nos propositions sur ce dossier

Didier Dubasque
Marie Thérèse Paillusson

Mercredi 22 Octobre 2003



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