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Quel avenir pour notre formation ?

Communiqué


L'ANAS tient à marquer son inquiétude et à informer les assistants sociaux des incertitudes qui pèsent sur l'avenir de la profession. L'ensemble du dispositif de formation des travailleurs sociaux est questionné. Les centres de formation sont contraints de s'adapter sans pour autant disposer de moyens suffisants. Ils doivent se préparer à la mise en œuvre de la réforme des études en cours d'élaboration tout en accueillant de plus en plus d'étudiants sans que les moyens suffisants leur soit accordés. Ils vont aussi devoir faire face l'application de la loi sur la Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) qui doit permettre dès l'année prochaine d'obtenir tout ou partie du diplôme d'Etat d'assistant de service social sans en passer les épreuves.



Quel avenir pour notre formation ?
Enfin des informations inquiétantes circulent quant à l'avenir des DRASS et des DDASS. Les champs de compétence des services de l'Etat vont être fortement réduits et recentrés sur les préfectures. Il y a fort à craindre qu'une décision politique rende les centre de formation totalement dépendants des collectivités territoriales. Qu'en sera-t-il alors des travaux engagés au sein de la DGAS sur la réforme des études d'assistant de service social ? Les régions ne seront-elles pas tentées de mettre en œuvre des formations "maison" dans un soucis d'une meilleure adéquation des attentes des employeurs notamment des conseils généraux ? Jusqu'ou un processus d'instrumentalisation des futurs professionnels pourrait-on alors aller ? Il est nécessaire que les programmes et les habilitations des centres de formation restent nationaux.

Pour autant, la DGAS va-t-elle rester un interlocuteur privilégié dès lors que nous constatons que les décisions sont prises ailleurs ? Pour remédier à l'autorité grandissante des Régions, ne faudrait-il pas rapidement introduire un tiers tel l'Université dont les compétences en matière de formation sont incontestables ? Des adhérents de l'association nous suggèrent cette démarche et nous voulons la mettre en débat.

Tous les efforts de la réforme des études sont centrés sur la VAE. Ainsi pour des raisons plus ou moins avouables il est proposé de modifier un certain nombre d'épreuves et notamment "d'alléger" le mémoire en amputant sa partie la plus intéressante qui est la confrontation de la théorie avec la pratique ( le terrain ) et l'analyse croisée des résultats. C'est un non-sens. Cette épreuve phare de 3ème année est très importante car elle démontre la capacité de notre profession à conceptualiser et à vérifier des hypothèses et une problématique sociale dans une démarche rigoureuse. Le mémoire est une initiation au travail en recherche sociale à la condition que toute la démarche visant à sa rédaction soit respectée. Le limiter à un écrit partiel est une manière d'inscrire la profession dans quelque chose d'inabouti donc forcément préjudiciable à la profession. Nous sommes ainsi privé(e)s de la vérification des outils qui nous sont indispensables. Pourquoi ? cette vérification serait-elle réservé aux étudiants d'université qui préparent une licence ?






Nous espérons qu'il ne s'agit pas là de bien signifier à notre profession que nous n'atteindrons jamais le niveau de la licence par ce biais et de permettre ainsi à la DGAS de garder légitimité sur les professions sociales. La réalité est qu'aujourd'hui la grande majorité des étudiants de 3ème année de DEASS en fin de formation prouvent avec le mémoire actuel une même capacité que les étudiants de l'Université à fournir un travail se situant au niveau de la licence. Nous revendiquons le diplôme d'Etat d'assistant de service social en équivalence à un niveau licence et nous opposons à toute tentative de dévalorisation du niveau des études.

Quant à la VAE. Pourquoi s'engager dans un processus de formation traditionnel dès lors qu'il suffirait, de disposer du titre avec 3 années d'expérience professionnelle ? Déjà nous recevons à l'ANAS des réactions de professionnels non diplômés qui s'insurgent de la difficulté de constituer un dossier VAE. Ils estiment que leur expérience professionnelle suffit à faire valoir l'obtention du diplôme d'Etat. A suivre cette logique on en arrivera vite à se demander à quoi sert la formation initiale ! Or actuellement aucune information ne permet de préciser comment la VAE va être mise en œuvre très concrètement. L'heure est donc aux discussions non officielles. On ne peut se satisfaire de déclarations d'intention fort louables mais qui risquent fort de ne pas résister à l'épreuve des faits et de la pression des employeurs pour "donner" le diplôme pour faire face à la demande.

Pourtant le travail engagé au sein des groupes de travail mise en œuvre à la DGAS avait très bien débuté. La définition de la professionnalité de l'assistant de service social nous apparaît remarquable. Elle prend en compte toutes les dimensions de notre métier. Il ne faudrait pas que la seconde partie des travaux mette à néant ce travail. Malgré les difficultés de mise en application et notamment le flou qui l'entoure , nous restons à l'ANAS favorable au principe de la VAE. Ce n'est pas la loi qui est en cause, c'est bien la manière de l'appliquer. Nous serons bien évidemment opposés à tout ce qui contribue au processus de déqualification de notre profession notamment si les modalités de mise en œuvre de la VAE ne respectent pas un cahier des charges strict et clairement établi.

Face à toutes ces incertitudes et aux enjeux qu'il faut sans cesse décrypter, nous appelons nos collègues et les étudiants à une grande vigilance et à se tenir prêt à se mobiliser pour défendre et promouvoir une formation de qualité. Rien n'est véritablement acquis aujourd'hui. Nous ne sommes pas à l'abri de décisions prises sans concertation comme cela a été le cas pour nos collègues qui travaillent au sein de l'Education Nationale.

L'ANAS ne pourra rien sans une mobilisation de tous professionnels et des étudiants. Soit nous subissons la réforme et les effets de la décentralisation, soit nous nous investissons pour faire évoluer les décisions dans l'objectif de sauvegarder une démarche de qualification dont les finalités sont clairement établies afin qu'elles puissent être partagées par toutes celles et ceux qui aspirent à accéder à la profession avec l'obtention d'un diplôme d'Etat.

Nous demandons à nos collègues de se regrouper, d'échanger sur ces questions essentielles pour l'avenir de notre profession, et de nous faire part de leurs propositions en vue de construire un rapport de force permettant de nous faire mieux entendre. Nous sommes 38.000 en France. Allons-nous ne rien dire et laisser faire ?

Nous avons l'intention d'engager de multiples démarches aussi bien auprès des pouvoirs publics que des syndicats et des associations professionnelles qui, comme l'ANAS, sont réunies au sein de la CPO. Nos moyens restent limités pour répondre à l'ampleur de la tâche. N'hésitez pas à nous rejoindre pour renforcer une parole professionnelle collective et organisée.


Mardi 22 Avril 2003
Dubasque