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La Mixité menacée


L’Anas a participé au colloque “ La Mixité menacée ” qui a eu lieu au sénat le 15 juin 2004. Placé sous le haut patronage de Christian Poncelet, président du sénat, ce colloque était présidé par Gisèle Gautier, présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. En voici un compte rendu...



La Mixité menacée
En présence de Nicole Ameline, ministre de la parité et de l’égalité professionnelle, Gisèle Gautier a lu le message du président du Sénat qui soutient fermement les préconisations de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes :

“La mixité est le socle de la démocratie moderne. C’est l’apprentissage de la complémentarité, la tolérance, le respect mutuel. ”

Puis, Madame Ameline a salué le travail de la délégations , force de proposition sur un sujet central. Elle a rappelé la nécessité d’une vigilance pour que les femmes de notre pays ne connaissent pas une régression. Il y a plus de femmes voilées qu’il y a 15 ans et de jeunes filles qui refusent de se faire soigner. A l’hôpital ce refus de la part d’un soignant ou d’un usager est contraire aux lois de la République.

La mixité à l’école est la réussite qui conditionne tous les autres choix.

Dans le sport, la création d’une dynamique nouvelle visant à valoriser le sport féminin contribue à un humanisme moderne.

Deux tables rondes se sont ensuite succédées

Première table ronde : “ soins hospitaliers ” :

Madame Amale Hazaël -Massieux :

Surveillante-chef de la maternité du centre hospitalier d’Argenteuil :
Constate depuis 4 ans environ un refus de soins de la part des femmes voilées ; De plus en plus de femmes se présentent le visage voilé.

Pour des raisons de sécurité, de laïcité le service a des exigences en demandant que la femme découvre son visage.


Monsieur Maurice Toullalan Directeur du centre hospitalier d’Argenteuil rappelle le cadre du règlement intérieur de l’hôpital “Les signes ostentatoires ne doivent pas faire obstacle au bon exercice des soins”.

L’équipe essaie de dialoguer. Cela demande du temps, du sang froid.
L’hôpital est un endroit de neutralité ;

Monsieur Toullalan pose la question des internes qui entrent tous les 6 mois. Deux cette année se sont présentées avec un foulard et des manches très longues. Une décision de la DRASS a remplacé le foulard par une charlotte. Les étudiants musulmans de France s’appuient sur la déclaration des droits de l’homme et crée un collectif contre l’Islamophobie. La loi a réglé le cas de l’école pas celui de l’hôpital.

Mme Eliane Apert :Sous-directrice à la direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins du ministère de la santé et de la protection sociale :

Ce qui revient du terrain, ce n’est pas un phénomène massif, mais il faut réagir . Il existe des problèmes d’organisation et des problèmes philosophiques.

Le dialogue a la vertu de lever les freins. Suppose beaucoup de temps, beaucoup de courage, de sang froid.

Un certain nombre de sanction existent pour les soignants qui affichent des signes ostentatoires. Il est important de recueillir la valeur affirmée d’une personne.

C’est une difficulté d’avoir la parole directe avec la femme qui ne le souhaite pas et qui n’a pas forcement idée d’être une personne. Un décret conforte les efforts du personnel.



Deuxième table ronde : “EDUCATION ET SPORT ” :


Les Pièges de la mixité scolaire:

Œuvre de la Vème République, la mixité est étendue à toutes les écoles élémentaires nouvellement crées par la circulaire du 15 juin 1965. Il s’agissait de faire face à l’explosion scolaire. La mixité s’étend dans les Lycées au cours des années 1970. Les décrets d’application de la Loi Haby du 11 juillet 1975 rendent finalement la mixité obligatoire dans l’enseignement primaire et dans l’enseignement secondaire. Cela étant la mixité n’a pas fait l’objet d’une réflexion préalable à son introduction à l’école. Comme l’a écrit la sociologue Nicole Moscovici, la mixité s’est généralisée ”sans que des objectifs et des finalités clairs lui soient assignés ”et “ ne correspond pas à un dessein ”.La dimension pédagogique de la mixité s’en est trouvée négligée, voire ignorée.

Une circulaire en date du 25 février 2000, dite “convention interministérielle”, prévoit de promouvoir l’égalité des chances entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif.

A l’école, les filles se trouvent dans une situation paradoxale : malgré de meilleurs résultats scolaires, elles restent minoritaires dans certaines filières prestigieuses. La mixité n’a donc pas empêché, malheureusement, la ségrégation sexuée des études et de l’orientation professionnelle.

Ces inégalités entre les genres se doublent d’inégalités sociales, si bien que la concentration constatée des filles de milieu populaire dans les services pénalise leur insertion sur le marché du travail.

Trois types d’arguments sont mis en avant pour contester la mixité.

Le premier est d’ordre pédagogique : du fait de la meilleure réussite des filles, la recherche de la facilité pourrait conduire à vouloir les séparer des garçons.

Le deuxième argument est d’ordre social : l’absence de mixité permettrait d’éviter les violences à l’encontre des filles.

Le troisième argument, qui traduit une situation bien réelle à ne pas négliger, est d’ordre religieux : il faudrait séparer les sexes pour des raisons de “moralité”.

L’école elle-même n’est pas à l’abri de pressions visant à contester la réalité de la mixité, ainsi que l’a montré le débat sur le foulard islamique. Le rapport de la commission Stasi sur le principe de laïcité contient de multiples exemples de contestation de la mixité, le plus souvent délibérée, et, plus généralement, d’atteintes aux droits des femmes. Certaines femmes, chefs d’établissements ou enseignantes, voient ainsi leur autorité contestée au seul motif de leur sexe.

Le sport, qu’il soit pratiqué à l’école ou en club, est lui aussi l’objet d’une instrumentalisation politique dont les femmes font les frais. C’est notamment le cas des demandes de créneaux horaires réservés dans les piscines, du reste souvent présentées de façon quelque peu revendicative et identitaire. Le récent rapport constitue une illustration supplémentaire de la lente mais réelle exclusion des filles.

De nombreux chercheurs , dont le sociologue Michel Fize, considèrent que, dans certaines situations d’urgence, notamment pour éviter d’éventuelles agressions physiques, il serait souhaitable, et même raisonnable, de faire “ respirer ” la mixité pour disposer d’un espace de liberté. Cela reviendrait à disjoindre filles et garçons de façon très ponctuelle pour quelques heures d’enseignements, sur la base naturellement du volontariat. Les thèmes abordés pourraient être le sexe, le corps, le comportement d’un garçon à l’égard d’une fille ou celui d’une fille à l’égard d’un garçon. Cet enseignement pourrait aider les jeunes des deux sexes à mieux s’appréhender et à mieux se comprendre, dans le but de faire diminuer le taux d’agression des jeunes fille, qui est en constante augmentation.

On retiendra en conclusion que la mixité doit être revisitée, enfin réfléchie, réaffirmée, mais accompagnée pour produire de l’égalité, ce qui malheureusement n’est pas suffisamment le cas aujourd’hui.


Mercredi 1 Septembre 2004
Mireille Pellissier-Sudres