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Formation et décentralisation : une Lettre ouverte d'un collectif du CEMEA de Carnon (34)


Nous avons reçu pour information et diffusion cette lettre ouverte qui s'adresse à l'ensemble du secteur social, médico social, ainsi que sanitaire et social :

"Le 16 mai les représentants de l'AFORTS (Association Française des Organismes de formation et de Recherches en Travail Social) et du GNI (Groupement National des IRTS) étaient convoqués au cabinet Fillon qui les a informés des formes qu'allait prendre la loi de décentralisation concernant les formations en travail social.



Formation et décentralisation : une Lettre ouverte d'un collectif du CEMEA de Carnon (34)
Principaux éléments :

➔Le financement des formations initiales est régionalisé (places, équipements et investissements) sous la forme d'une dotation globale non affectée (et donc répartie au bon vouloir des administrations locales) ;

➔Des conventions pluriannuelles seront passées avec les régions suite aux procédures d'appel d'offre des marchés publics, ouvertes à la concurrence.

➔Les organismes susceptibles de répondre à ces appels d'offre seront enregistrés sur une liste spécifique. Sans précision à ce jour des critères d'admissibilité à l'enregistrement.

➔La conception, les orientations et le contrôle du contenu des formations et de leur mise en oeuvre, renforcé, resteraient de la compétence Etat, avec un rôle renforcé du CSTS (Conseil Supérieur du Travail Social).

Les formations en travail social deviennent donc des activités soumises aux fluctuations du marché et aux aléas des politiques locales. Les soucis de qualité et de cohérence des dispositifs de formation devront alors céder le pas aux critères de coût et de rentabilité.

L'idée même de mission de service public et d'intérêt général est remise en cause par de tels projets. La fracture sociale devient source de profit.

Le dispositif de formation aux métiers sociaux s’est constitué au fil des années et a été reconnu par l’Etat, au travers des agréments accordés, comme un outil de qualification et de promotion des Travailleurs Sociaux au service des publics les plus démunis.

Attaché à la notion de service public et à celle de satisfaction de l’intérêt général, le dispositif se doit d’accompagner les politiques sociales qui répondent aux priorités, aux besoins des populations, aux attentes des employeurs et des salariés.

Pour ce faire, il développe ses actions de formation dans une recherche d’efficacité et de qualité qui se mesure non seulement au niveau des savoir-faire de ses stagiaires et de leur expérience de terrain mais surtout au travers de leur capacité à mettre en lien savoirs et pratique, à réfléchir sur les objectifs, les effets et les résultats de leurs actions et enfin à s’y engager pleinement dans un souci de rencontre avec la personne en difficulté.

Pour que ces critères d’évaluation soient opérants, ils nécessitent un temps certain d’engagement et d’assimilation et un accompagnement personnalisé des stagiaires par les formateurs, individuel ou collectif, représentant l’une des spécificités du dispositif. La qualité de nos formations ne peut donc s’apprécier selon des critères de rentabilité économique immédiate.

Dans ce contexte, l’annonce de certaines modalités de la loi de décentralisation et leur application possible pour nos centres à la rentrée de septembre 2005 entraîne au niveau de l’ensemble des équipes un grand nombre de réactions, d’interrogations et d’inquiétudes.

➔Il n’est pas acceptable de régler par appel d’offres les formations en travail social et de les soumettre uniquement aux lois du marché les faisant entrer dans une simple logique de concurrence et de coût.

➔L’enregistrement des centres de formation sur une liste spécifique donnant droit à participer aux appels d’offre est peu clair. Suffira-t-il à garantir à nos centres, la stabilité de fonctionnement nécessaire ?

➔N’entre–t-on pas par là dans une précarisation des conditions de travail des personnels remettant en cause la viabilité même de nos centres, pourtant pôles de compétence reconnus dans les schémas nationaux et régionaux des formations élaborés après de larges et longs débats avec l’ensemble de nos partenaires il y a à peine quelques mois ?

C’EST POURQUOI :

➔Nous trouvons inadmissible que dans le cadre du dialogue social, ces dispositions n'aient pas fait l'objet d'une concertation préalable avec l'ensemble des partenaires concernés.

➔Nous alertons les acteurs et les professionnels du secteur sur les dangers de déqualification des personnels que pourrait produire une décentralisation basée sur l'Accord Général sur le Commerce des Services, l'ouverture au lucratif et la remise en cause des principes associatifs.

➔Nous demandons dès maintenant d'être associés aux discussions futures concernant les modalités de la décentralisation.

➔Nous affirmons notre opposition à toute orientation qui ne serait pas de nature à garantir la poursuite de notre mission de service public.

L’équipe du Centre de Formation aux Métiers de l’Education et de l’Animation (C.e.m.e.a. de Carnon 34)
cemea.formateurs@wanadoo.fr

Texte élaboré sur la base du travail du Collectif des formateurs en travail social du Languedoc Roussillon
(Formateurs du CFPMEA de Carnon (Cemea Languedoc-Roussillon), de l'IFME de Nîmes, de l'ETES de Marvejols, du CPFP de La Rouatière (11) et de l'IRTS de Montpellier)


Dimanche 15 Juin 2003



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