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Discours d’ouverture des Journées nationales d’études en service social 2011




Dans le contexte de réorganisation des politiques publiques que nous traversons, le service social est, lui aussi, soumis à des contraintes, ne serait-ce qu’en raison de l’obligation où il est de mettre en œuvre de nombreux dispositifs dont il est le vecteur, parfois bien malgré lui. Aujourd’hui, les personnes ne choisissent plus de solliciter l’aide du service social : on les y oblige. Le professionnel se sent donc de plus en plus un agent de guichet, distributeur de prestations. Ce contexte l’empêche d’exercer correctement les missions pour lesquelles il a été formé, c’est-à-dire un accompagnement social basé sur la libre adhésion, l’écoute, la confiance réciproque dans la réalisation d’un plan d’aide co-construit.

Les difficultés budgétaires actuelles, auxquelles sont confrontées toutes les institutions, se rajoutent à cette situation. De plus en plus, les professionnels parent au plus pressé, gèrent des urgences elles-mêmes accentuées par la situation socio-économique actuelle.

La contrainte est également liée au développement dans le secteur social de pratiques managériales, jusqu’à présent réservées aux entreprises. Les notions de rentabilité, d’efficience obligent les professionnels à établir des priorités. Le service social est désormais enjoint de surveiller les personnes. Je fais ici référence aux fiches sur l’information préoccupante, qui obligent les professionnels à rentrer en contact avec des personnes qui n’ont rien demandé, par le biais d’une évaluation dans le cadre de la protection de l’enfance. La contrainte consiste aussi à inciter les professionnels à renoncer au secret professionnel, qui semblerait nuire à la bonne marche de la société. Les professionnels doivent impérativement assister activement aux conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance. Il leur est également demandé de remplir nombre de fichiers informatisés dans lesquels les items ne paraissent pas toujours pertinents, quand ils ne sont pas franchement intrusifs.

Voilà donc le panorama des contraintes qui nuisent aujourd’hui au service social et qui atteignent aussi bien les professionnels que les personnes.

Je ne voudrais cependant pas dresser un tableau trop noir, en ce début de journée. Nous avons aussi choisi ce thème parce qu’il est encore possible d’agir différemment. Nous croyons encore qu’un travail social de qualité est possible. Les services sociaux sont encore les seuls lieux où les personnes peuvent venir expliquer leurs difficultés, sans crainte de les voir exposées sur la place publique, et où la prévention n’est pas un vain mot.

Nous savons aussi que le travail social est nécessaire dans notre société, qu’il apporte un soutien important aux personnes en difficulté. Il reste un interlocuteur incontournable pour les pouvoirs publics, parfois malgré eux…

Nous sommes également présents aujourd’hui parce que nous sommes attachés à un travail social de qualité, exercé par des professionnels compétents, exigeants, autant pour eux-mêmes que pour la défense et la promotion de leur profession. Les années et les expériences passées montrent que nous avons toujours su réagir, nous adapter, résister. Nous avons toujours su inventer de nouvelles formes d’interventions et transformer les freins en leviers. Tel est l’objectif de ces Journées : nous allons transformer les freins en leviers, en nous appuyant sur les valeurs fondamentales qui sous-tendent nos interventions et nos pratiques professionnelles.

Ce sont ces valeurs fondamentales qui nous fédèrent, nous unissent et mobilisent les assistants de service social depuis que la profession existe. Peu après la création de l’ANAS, le code de déontologie a été adopté dans sa première mouture, à Marseille, en 1950. C’est pour célébrer cet anniversaire que nous sommes réunis aujourd’hui. Nous fêtons donc les 60 ans du code de déontologie qui reste d’actualité. Lui non plus ne partira pas à la retraite de sitôt ! Il constitue une référence que nous envient beaucoup d’autres professions. Pour lui rendre hommage, nous avons choisi de l’éditer dans une version originale, que nous vous avons remise. Elle lui confère une nouvelle image de jeunesse, malgré ses 60 ans.

Il me semble que vous êtes là aujourd’hui parce que vous avez envie de transformer tous ces freins en leviers. C’est ce que nous allons faire ensemble, au cours de ces Journées.

Françoise Léglise, présidente de l’ANAS

Le numéro peut bien sûr être commandé dans notre espace boutique   !

Vendredi 29 Juillet 2011



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