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10.000 morts dues à la canicule : Pourquoi la France ?


Dans sa chronique du lundi 25 Août 2003 sur France Inter, Dominique Bromberger rappelle qu'en France "nous manquons cruellement d'assistantes sociales"



10.000 morts dues à la canicule : Pourquoi la France ?
extrait de la chronique

"...il se trouve, on le sait, qu’ailleurs en Europe, il y a eu moins de décès que chez nous… Il y en a eu… Ne versons pas dans l’excès inverse… Avec encore un peu plus de retard que les autres, les chiffres qui sont publiés en Italie et en Espagne font apparaître une importante augmentation de la mortalité pendant la première quinzaine d’août : + 35% à Turin, + 49% à Barcelone, + 75% à Séville.. Dans ces deux pays, les victimes se compteront aussi vraisemblablement par milliers. En revanche, dans le Nord de l’Europe ainsi qu’en Suisse, en Allemagne et en Autriche, on ne parle que de dizaines ou de centaines de personnes décédées. La raison de cette différence est, semble-t-il, assez simple. Les établissements destinés à accueillir les personnes âgées sont plus nombreux, mieux équipés, plus fournis en personnel et les systèmes d’aide financière sont plus développés.

Cela veut dire que, non seulement, on meurt moins dans les maisons de retraite mais aussi qu’il y a moins de vieux contraints de rester chez eux seuls parce qu’ils ont une petite retraite qui ne leur permet ni d’avoir accès à l’aide sociale, ils ne sont pas assez pauvres, ni de financer le coût d’une prise en charge médicalisée, ils ne sont pas assez riches. Ajoutez à cela que nombre de personnes âgées pourraient bénéficier de certaines dispositions mais ne le savent pas.

Nous manquons en France, cruellement d’assistantes sociales parce que nous sommes dans un pays où tout le monde ou presque croit que lorsqu’une loi est votée, le problème est réglé.

Dire cela, est-ce tout demander à l’Etat ?... Oui, en un sens… L’abandon dans lequel se trouvent trop souvent les vieux est coupable. Mais faut-il, pour autant, rendre les familles responsables de tout ?... Ce serait trop facile… Et pour deux raisons, la première tient à l’éclatement inéluctable des familles du fait de la vie moderne. Les enfants résident parfois très loin de leurs parents. Ce n’est pas par hasard que c’est en région parisienne que le taux de mortalité a été le plus élevé. La seconde raison tient à l’allongement de la durée de vie : 90, 95, 100 ans… tandis qu’au long des années, les maladies et les handicaps incapacitants se multiplient. Autrefois, on gardait à la ferme, le grand-père qui avait le bon goût de mourir assez rapidement et à peu près valide. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La famille n’est plus une tribu, chacun travaille. L’appartement est parfois de petite dimension.

C’est vrai, mais il n’empêche, cet abandon de plus en plus généralisé suscite notre mauvaise conscience. Cette mauvaise conscience est collective. Et c’est pourquoi chacun tente de rejeter la faute sur l’autre. L’opposition sur le gouvernement… Le gouvernement sur l’opposition avec la loi des 35 heures… Et l’Etat sur les familles…

La vérité est que nous, en tant que nation, nous avons préféré oublier nos vieux… Mais peut-être l’heure de notre réveil a-t-elle sonné ces jours-ci ?..."

Ecouter la chronique





Mardi 26 Août 2003



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